Numéros en préparation

ARGUMENTAIRE :

La notion de réparation d’image a été développée aux Etats-Unis par William Benoit (1995) dans le cadre des sciences de la communication américaines, et commence aujourd’hui seulement à être théorisée et utilisée en analyse du discours et en théorie de l’argumentation. Le spécialiste de la communication se penche sur les stratégies utilisées dans différents domaines, et en particulier dans le discours politique, par ceux dont un scandale a éclaboussé la réputation. Il en repère plusieurs, qu’il classe en cinq grandes catégories – le déni, le rejet de la responsabilité, la tentative de minimiser l’offense, l’action corrective et la mortification (ou présentation d’excuses). Ces catégories lui permettent d’étudier des cas de figures particuliers, dans lesquels il dégage le type de stratégie mise en œuvre et la relative efficacité de la manœuvre. Ce modèle a été repris dans divers travaux portant sur des personnalités dont l’image publique s’était dégradée dans la sphère publique.

Il apparaît clairement que la réparation d’image se rattache à la construction d’ethos entendue comme l’image de soi qu’une instance de locution projette dans son discours, même si les études en communication ne font pas allusion à la rhétorique. Elle l’éclaire cependant sous un jour particulier. Comment est-il possible de réparer une représentation négative de sa personne dès lors qu’elle a été mise en circulation, menaçant ainsi de nuire aux projets et actions pour lesquels une bonne réputation est nécessaire ? De quels moyens discursifs et argumentatifs le locuteur dispose-t-il dans une situation de discours et un contexte socio-historique donnés, pour redorer son blason et offrir à l’auditoire un ethos crédible susceptible de soutenir l’entreprise dans laquelle il entend se lancer ? Ce questionnement nécessite de prendre en compte à la fois les critiques et dénonciations diverses touchant le locuteur dans les anciens et nouveaux médias, et les discours dans lesquels ce dernier tente de réagir et de contrer ou neutraliser (directement ou indirectement) ces mêmes attaques.

La question se pose avec une acuité toute particulière au cours des campagnes électorales, où les candidats se trouvent sous les feux de la rampe et sont pris à parti par leurs concurrents, mais aussi d’autres hommes politiques, des journalistes, voire de simples citoyens. En prenant en compte la spécificité de cette branche du discours politique – le discours de campagne sous toutes ses formes (discours de meeting, interviews, débats, blogs, lettres ouvertes, clip électoral,etc.) – on tentera d’éclairer le fonctionnement discursif et argumentatif de la réparation d’image en croisant les méthodes issues des sciences du langage avec celle des sciences de la communication, de la sociologie ou de la science politique. Plus particulièrement, on mettra en lumière l’apport de l’analyse du discours dans son versant argumentatif pour l’étude des pratiques sociales et politiques ici étudiées.

Le dossier fera place à différentes approches du discours, de la théorie communicationnelle de restauration d’image (Benoit) à l’analyse du discours quantitative (Mayaffre), tout en insistant sur l’intérêt d’une analyse socio-discursive ancrée dans les sciences du langage et nourrie d’argumentation rhétorique. Il inclura divers pays et cultures, pour dégager des constantes aussi bien que des différences de culture politique (ou de culture tout court) dans la gestion de la réparation d’image, tout en se limitant à des exemples de pays démocratiques (en l’occurrence, la France, les États-Unis, l’Italie, Israël).

La réparation d’image dans

le discours de campagne :

Perspectives discursives

et argumentatives

N° 164, 2° trimestre 2018

Dirigé par Ruth Amossy

Pratiques langagières, pratiques migratoires

n° 165 / 3° trimestre 2018

Dirigé par Cécile Canut & Mariem Guellouz

Dans ce numéro de Langage & Société, nous envisageons de mettre spécifiquement en lumière les processus sociolinguistiques liés aux situations migratoires contemporaines qui n’ont que très peu fait l’objet d’analyse en France ces dernières années. Les formes de pratiques langagières constitutives des pratiques migratoires (contacts, hybridations, translanguaging, etc.) ont été, en effet, très peu étudiées : que se passe-t-il pour les locuteurs lorsqu’ils sont confrontés à des pratiques langagières ou des langues qu’ils ne connaissent pas ?

Au-delà de la question des récits et des témoignages des migrants comme traces d’un vécu, ce numéro s’attache aux observations et à l’analyse des pratiques langagières tout au long des processus migratoires. Etant donné le foisonnement des travaux portant sur les représentations des figures de migrants dans les discours, la littérature et les arts nous souhaitons plutôt nous attacher à la compréhension des pratiques migratoires comme un espace multiple et hétérogène de production de l’activité langagière.

Les questions liées à la traduction (Langage & Société n°153) et aux problèmes de compréhension et de communication des migrants pendant leurs parcours migratoires et ce qu’elles révèlent des processus langagiers mis en place (sous-entendus, malentendus…) sont aussi attendues.

Les interactions analysées peuvent être, d’une part, internes aux groupes de migrants dans leurs processus d’intercompréhension mis en place dans les espaces de cohabitation, et d’autre part, externes comme dans le cas des interactions entre les migrants et les institutions (associations, agents de l’Etat, etc.).

Les articles pourront se focaliser sur de multiples processus actuellement au cœur de la discipline (indexicalités, styles, voicing, idéologies linguistiques, etc.) en lien avec différentes approches linguistiques (interaction, énonciation, traduction, etc.), afin d’engager une réflexion sur les activités langagières qui se produisent en situation de migration, bien plus que sur les discours ou récits tenus sur la migration.