Appel à propositions pour un numéro de Langage & Société

Calendrier

    

1° septembre 2017 au plus tard :

proposition d’article de 2 000 signes

et courte bibliographie

(5 références au plus).

    

Septembre 2017 : examen

des propositions et décision

envoyée aux auteurs.

Les contributeurs retenus recevront

la feuille de style de la revue.

Conformément aux normes de LETS,

les articles feront entre 45 000

et 50 000 signes tout compris.

    

Mars 2018 au plus tard :

envoi des articles.

publication prévue

en septembre 2018.

     

Personnes à contacter

et à qui envoyer les propositions :

Cécile Canut :

cecile.canut@parisdescartes.fr

Mariem Guellouz :

mariem.guellouz@parisdescartes.fr

 

Pratiques langagières, pratiques migratoires 

n° 165 / 3° trimestre 2018

Etat des lieux
Migration, immigration, mobilité, pratiques migratoires, les termes sont multiples pour traiter d’un phénomène très ancien mais dont les enjeux politiques se sont complexifiés au XXe et plus encore au XIXe siècle devenant même un enjeu socio-politique majeur du monde. Les sciences sociales ont fait des questions migratoires un domaine majeur d’études en France, comme partout ailleurs. Géographes, sociologues, anthropologues, économistes, historiens, la liste est très longue des chercheurs qui travaillent actuellement à la compréhension des phénomènes de mobilité, engageant des problématiques et des théorisations nouvelles, mais surtout un renouveau épistémologique impliquant des croisements disciplinaires féconds.

Paradoxalement, la prise en compte des pratiques langagières et des langues dans les recherches en sciences du langage sur les questions migratoires en France reste assez faible. Alors que Christine Deprez dès les années 90 s’est penchée sur la question du bilinguisme et du rapport aux langues premières des migrants en France dans le cadre des pratiques familiales bilingues (Deprez 1994), elle s’est ensuite focalisée sur la dimension narrative et biographique des parcours migratoires (Deprez 2002). Dans cette perspective, la thèse très novatrice de Sandra Nossik (2011) intégrant les approches sociolinguistiques, narratives et discursives a ouvert la voie à de nouvelles pistes.

Si plusieurs thèses se sont intéressées aux liens entre migration et langage, notamment dans les pays d’accueil (Meliani 2000, Bourlier-Berkowicz 2003, Vigouroux 2003, Forlot 2008, Etrillard 2015) le plus grand nombre de publications concernent le cadre éducatif (Billiez 1979, Archibald et Chiss (dir.) 2007, Huver & Castellotti 2008, etc.). L’approche didactique est probablement la plus représentée depuis les années 80 puisqu’elle s’inscrit dans des questions concrètes de mise en place de dispositifs adaptés aux nouveaux arrivants. On doit à Jacqueline Billiez et Louise Dabène d’avoir engagé très tôt un travail de grande envergure articulant didactique et sociolinguistique. Le lien entre socialisation langagière et (im)migration a continué d’être étudié par l’équipe de Grenoble autour de Jacqueline Billiez, notamment par Patricia Lambert et Cyril Trimaille (2003, 2004).

Du côté des linguistes ou des analystes de discours, les enjeux linguistiques en lien aux situations de migration ont fait l’objet d’analyses sous plusieurs angles, sans que ce domaine s’impose comme un champ d’études à part entière même si les questions de mobilité s’imposent de plus en plus dans la recherche. Dans les années 90, Simone Bonnafous (1991) et Christine Barats (2001) ont été les premières à faire un travail de fond sur les mises en discours de l’immigration dans le champ médiatique et politique français, en observant plus particulièrement les mots et les catégories en jeu dans les discours.

Plus récemment, la question des récits et des discours abordée dans une approche sociolinguistique a fait l’objet d’une attention particulière chez quelques sociolinguistes (Pizzolato 2013, Deprez 2014, Canut 2013, 2014, 2015, Mick & Lafay 2014, Nossik & Wague 2014) en lien avec les sociologues ou anthropologues intéressés par la dimension discursive (Mazzochetti 2014, Pian 2009, Pecoud 2014) ou littéraire (Sow 2014, Mazauric 2012, Bourlet 2009), notamment dans le cadre du projet Miprimo (Canut & Mazauric, 2014, Canut & Ramos, 2014, Canut & Sow 2014).

À l’étranger, et en dehors des questions didactiques toujours aussi fécondes, deux types d’approches importantes ont vu le jour : d’une part l’étude des discours politiques et médiatiques concernant la migration, abordés du point de vue de la Critical Discourses Analysis dont on peut dire que Ruth Wodak et ses co-auteurs sont les représentants les plus féconds (Wodak 2012, 2015) ; d’autre part, des études portant, de manière critique, sur les instrumentalisations politiques des langues en contexte migratoire dont le travail de Beatriz Lorente (Lorente, 2012), engagé dans une perspective de sociolinguistique critique (Heller 2002, Boutet & Heller 2007), qui demeure à ce jour une des plus novatrice.

Par ailleurs l’enjeu des catégorisations en lien aux « linguistic ideologies » (Canut 2016) s’est concentré ces dernières années dans le champ sociolinguistique anglo-saxon autour des travaux labellisés « superdiversity » (Vertovec 2007, Blommaert 2015) impliquant une approche des migrations à travers les phénomènes de globalisation. Une sévère critique s’est toutefois développée à l’encontre de cette approche (Moore 2015, Reyes 2014).

Thématiques

Dans ce numéro de Langage & Société, nous envisageons de mettre spécifiquement en lumière les processus sociolinguistiques liés aux situations migratoires contemporaines qui n’ont que très peu fait l’objet d’analyse en France ces dernières années. Les formes de pratiques langagières constitutives des pratiques migratoires (contacts, hybridations, translanguaging, etc.) ont été, en effet, très peu étudiées : que se passe-t-il pour les locuteurs lorsqu’ils sont confrontés à des pratiques langagières ou des langues qu’ils ne connaissent pas ?

Au-delà de la question des récits et des témoignages des migrants comme traces d’un vécu, ce numéro s’attache aux observations et à l’analyse des pratiques langagières tout au long des processus migratoires. Etant donné le foisonnement des travaux portant sur les représentations des figures de migrants dans les discours, la littérature et les arts nous souhaitons plutôt nous attacher à la compréhension des pratiques migratoires comme un espace multiple et hétérogène de production de l’activité langagière.

Les questions liées à la traduction (Langage & Société n°153) et aux problèmes de compréhension et de communication des migrants pendant leurs parcours migratoires et ce qu’elles révèlent des processus langagiers mis en place (sous-entendus, malentendus…) sont aussi attendues.

Les interactions analysées peuvent être, d’une part, internes aux groupes de migrants dans leurs processus d’intercompréhension mis en place dans les espaces de cohabitation, et d’autre part, externes comme dans le cas des interactions entre les migrants et les institutions (associations, agents de l’Etat, etc.).

Les articles pourront se focaliser sur de multiples processus actuellement au cœur de la discipline (indexicalités, styles, voicing, idéologies linguistiques, etc.) en lien avec différentes approches linguistiques (interaction, énonciation, traduction, etc.), afin d’engager une réflexion sur les activités langagières qui se produisent en situation de migration, bien plus que sur les discours ou récits tenus sur la migration.

Méthodologies

Ancrées dans des ethnographies approfondies (observations, enregistrements), les propositions traiteront des pratiques langagières et des transformations sociales qu’elles impliquent, soit l’ensemble des faits linguistiques et sociaux dans leur intrication en situation de migration.

Nous accepterons des papiers privilégiant des approches qualitatives.
Les articles  pourront aussi s’appuyer sur des données discursives ou interactionnelles.

Bibliographie indicative  

Archibald, J. et Chiss, J.-L. (dirs) (2007). La Langue et l’intégration des immigrants. Sociolinguistique, politiques linguistiques, didactique. Paris, L’Harmattan.
Barats C. (2001), « Les mots de l’immigration et l’ethnicisation des rapports sociaux. Le cas des débats télévisés français sur l’immigration », Réseaux, 3/2001 (n° 107), p. 147-179. URL : http://www.cairn.info/revue-reseaux1-2001-3-page-147.htm
Billiez J. (1979), Analyse des besoins du public francophone en langues et cultures d’origine des populations migrantes : application au contexte médico-hospitalier, thèse de 3e cycle dirigée par L. Dabène, Université Grenoble 3.
Billiez, Candelier, Costa-Galligani, Lambert, Sabatier & Trimaille (2003). “Contacts de langues à l’école : disjonctions et tentative de raccordements”, dans Billiez J.(dir.) Contacts de langues : modèles typologies, interventions, Paris, L’Harmattan, p. 301-315.
Bonnafous S. (1991), L’immigration prise aux mots, Paris, Kimé.
Blommaert J. (2001), « Investigating narrative inequality: African asylum seekers’ stories in Belgium », Discourse and Society, 12 (4). pp. 413-449
Bourlier-Berkowicz J. (2003), L’impact des constructions normatives situées et de la dynamique langagière sur la construction et la transformation des codes. Pratiques langagières, représentations et re-construction d’identité chez les jeunes locuteurs d’une ville nouvelles : l’exemple de Carros-le-Neuf, thèse de doctorat, Université de Nice.
Bourlet M. (2009) Émergence d’une littérature écrite dans une langue africaine : l’exemple du poulâr, thèse de doctorat, Paris, INALCO.
Boutet J. & Heller M. (2007), « Enjeux sociaux de la sociolinguistique : pour une sociolinguistique critique », Langage et société, 2007 121-122, p. 305-318.
Canut C. (2014) « “On m’appelle le voyageur” », dans Canut C. & Mazauric C., La Migration prise aux mots, Mises en récits et en images des migrations transafricaines, Le Cavalier Bleu, p. 261-278.
Canut C. (2013) « Dans la frontière », L’Afrique en mouvement : Imaginaires migratoires et dynamiques sociales au sud  de la Méditerranée, Horizons Maghrébins 68, p. 79-95.
Canut C., Sow A. (2014)  « Les voix de la migration. Discours, récits et productions artistiques », Cahiers d’études africaines 213-214, p. 9-25.
Canut C., Sow A. (2014) « Essingan : performing migration. Theatre and migratory experience by Central African refugees in Bamako »,  Africa Today 61, p. 2-18.
Canut C., et Mazauric C. (dirs), 2014, La migration prise aux mots. Mise en récits et en images des migrations transafricaines,  Paris, Éditions du Cavalier Bleu, 288 p.
Canut C., et Ramos E. (dirs) (2014),  Carnet de route d’un voyageur en Afrique de l’Ouest. Paris : Le Cavalier bleu éditions, 2014.
Castellotti, V. & Huver, E. (dirs) (2008), « Insertion scolaire et insertion sociale des nouveaux arrivants », Glottopol 11.
http://www.univ-rouen.fr/dyalang/glottopol/numero_11.html
Deprez C. (1994), Les enfants bilingues : langues et familles, Paris, Didier CREDIF.
Deprez C. (2002), « La langue comme “épreuve” dans les récits de migration », Bulletin Suisse de linguistique appliquée 76, p. 101-112
Duchêne A., Moyer M., Roberts C. (dirs) (2013), Language, Migration and Social Inequalities, Multilingual matter, Bristol, New-York, North York.
Etrillard A. (2015), La migration britannique en Bretagne intérieure : une étude sociolinguistique critique des idéologies, des assignations et des stratégies interactionnelles, thèse de doctorat, université de Rennes.
Forlot G. (2008), Avec sa langue en poche. Parcours de Français émigrés au Canada (1945-2000), Louvain-la-Neuve , Presses Universitaires de Louvain.
Heller M. (2002), Éléments d’une sociolinguistique critique, Paris, Didier.
Khosravinik M., Krzyzanowski M., Wodak R. (2012), Migrations: Interdisciplinary Perspectives, Berlin, Springer p. 283-297.
Lafay M., Mick C., (2014), « À l’écoute du « Cri de la Tourterelle ». La performativité du chant et du cinéma sur la migration au Niger », Cahiers d’études africaines 213-214, p. 499-527.
Lambert P. & Trimaille C. (2004). « Plurilinguisme, variations et apprentissage des langues à l’école primaire : quelles prises en compte didactiques des hétérogénéités ? », dans Holtzer (dir.) Voies vers le plurilinguisme, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 63-76.
Lambert P., Sabatier C. & Trimaille C. (2003). « Evlang dans la vie d’une classe: regards monographiques », dans M. Candelier (dir.) Evlang – L’éveil aux langues à l’école primaire. Bilan d’une innovation européenne, Bruxelles, De Boeck.
Lorente Beatriz P. (2012), « The Making of Workers of the World. Language and the Labor Brokerage State », in Duchêne A. & Heller M. (dirs), Multilingualism and the New Economy, Routledge Handbook of Multilingualism, London: Routledge, p. 183-206.
Mazauric C. (2012), Mobilités d’Afrique en Europe. Récits et figures de l’aventure, Paris, Karthala, 384 pages.
Mazauric C. (2014), « Voyages au féminin et subjectivations transafricaines », dans  Canut C. et Mazauric C. (dirs), La migration prise aux mots, Éditions du Cavalier Bleu, Paris, p. 47-62.
Mazzocchetti J. (2014), « « Le diplôme-visa ». Entre mythe et mobilité. Imaginaires et migrations des étudiants et diplômés burkinabè », Cahiers d’études africaines 213-214, p. 49-80.
Melliani F. (2000), La langue du quartier. Appropriation de l’espace et identités urbaines chez des jeunes issus de l’immigration maghrébine en banlieue rouennaise, Paris, L’Harmattan.
Nossik S. (2011), Mise en mots d’un événement historique : approche discursive et interactionnelle de la chute de l’URSS dans des récits de vie de migrants russophones, thèse de doctorat dirigée par C. Deprez à l’Université Paris Descartes.
Pecoud A. & Levatino A. (2014), « Une analyse du discours international sur la “fuite des cerveaux” : un consensus en trompe-l’œil », Cahier d’Etudes africaines 213-214, p. 195-215.
Pian A., (2009), Aux nouvelles frontières de l’Europe. L’aventure incertaine des Sénégalais au Maroc , Paris, La Dispute..
Pizzolato G. (2013) Contacts de langues en situation de migration (du Sénégal à l’Italie), thèse de doctorat, université de Turin et Paris descartes.
Reyes A. (2014) Linguistic Anthropology in 2013: Super-New-Big. American Anthropologist 116, p. 366–378.
Vertovec S. (2003) « Migration and Other Modes of Transnationalism : Towards Conceptual Cross-Fertlization », International Migration Review 37, p. 641-665.
Vigouroux C. (2003) Réflexions méthodologiques autour de la construction d’un objet de recherche : la dynamique identitaire chez les migrants africains francophones au Cap (Afrique du Sud), thèse de doctorat, Paris X, Nanterre
Wagué C. & Nossik S. (2014) « Les konpo xooro des migrants soninkés de Dakar: histoire, pratiques et mises en discours », dans Canut C. & Mazauric C., La migration prise aux mots, Paris, Le Cavalier Bleu, p. 113-127.
Wodak, R. (2015) « The discursive construction of strangers: analyzing discourses about migrants and migration from a discourse-historical perspective », Migration and Citizenship. Newsletter of the American Political Science Association- Organized Section on Migration and Citizenship. APSA Migration and Citizenship Organized Section,  p. 6-10.
Wodak R. & Carta, C. (2015) « Discourse analysis, policy analysis, and the borders of EU identity », Journal of Language and Politics 14, p. 1-17.
Wodak R., Messer M. & Schroeder R., 2012, Migrations: Interdisciplinary Perspectives, Berlin  Springer.
Wodak R., Khosravinik M., Krzyzanowski M. (2012) « Dynamics of Representation in Discourse: Immigrants in the British Press », in Wodak R., Messer, M. & Schroeder R. (eds), Migrations : Interdisciplinary Perspectives, Berlin , Springer, p. 283-297.